Ventes de voitures en Suisse en 2026 : ce que disent les chiffres
4 min de lectureLa rédaction ConsultAuto
Le volume ne bouge presque plus, mais la nature des ventes de voitures en Suisse en 2026 a changé. Posons au parc d’un revendeur une question simple : qu’est-ce qui le remplira dans quatre ans ? La réponse se lit déjà dans le neuf d’aujourd’hui. Car la voiture neuve d’aujourd’hui est la reprise de demain, et le neuf a basculé.

Le marché du neuf ne grossit plus, il change de carburant
Commençons par le volume. Il recule légèrement. Selon les immatriculations suisses, 239’183 voitures neuves ont été mises en circulation en 2024, puis 232’993 en 2025. Deux années proches.
Le rythme de 2026 prolonge cette ligne, sans rupture. Le marché du neuf ne grossit donc plus guère. Pour un revendeur, c’est une première nouvelle : le volume d’occasions récentes qui reviendra dans quatre ans est déjà connu, et il ne gonflera pas.
Ce qui change, ce n’est pas la quantité, c’est la composition. D’une année à l’autre, le carburant des voitures neuves se déplace vite. Et ce déplacement décide de ce qui arrivera, dans quatre ans, sur le marché de l’occasion.
Le parc qui roule, lui, suit plus lentement. Il compte 4,96 millions de voitures de tourisme, d’un âge moyen de 10,1 ans et d’un âge médian de 9 ans. Chaque année, selon les immatriculations suisses, 760’759 voitures sont retirées de la circulation, mais la plupart y reviennent : les sorties nettes se limitent à 219’904, soit 4,80 % du parc. Il faut donc des années pour qu’un changement du neuf se voie sur la route. C’est pourquoi le neuf se lit comme une annonce : il dit l’occasion de demain avant qu’elle n’existe.
Plus de deux voitures neuves sur cinq sont des hybrides
Venons-en au cœur du basculement. D’après les mises en circulation en Suisse sur les huit premiers mois de 2026, l’hybride essence est devenu le premier carburant, avec 44,2 % des voitures neuves. Plus de deux voitures neuves sur cinq.
La montée est rapide. Ces hybrides essence étaient 87’931 en 2024, puis 97’213 en 2025. Le mouvement ne faiblit pas.
Derrière, l’électrique pèse 24,8 % des voitures neuves de 2026, à un rythme supérieur de 22 % à celui de 2024. S’y ajoutent 4,6 % d’hybrides diesel. Au total, les hybrides, essence ou diesel associés à un moteur électrique, représentent déjà 13,9 % du parc qui circule.
Pour le professionnel, la conséquence est datée. Dans quatre ans, la vague de reprises sera d’abord faite d’hybrides essence. C’est ce carburant qu’il faudra savoir estimer, reprendre et revendre. Celui qui apprend à lire une hybride aujourd’hui prend de l’avance sur ce qui remplira son parc demain. Et il devra aussi apprendre à juger une batterie, puisque l’électrique arrive juste derrière.
Le diesel et l’essence pure reculent ensemble
Pendant que l’hybride monte, deux carburants s’effacent du neuf. Le diesel d’abord. Il ne représente plus que 5,5 % des voitures neuves de 2026, selon les immatriculations suisses. Son rythme a reculé de 44 % en deux ans.
L’essence pure recule elle aussi, à 20,6 % des voitures neuves, soit 33 % de moins au rythme de 2026 qu’en 2024 : elle passe derrière l’électrique. Elle perd du terrain plus vite que l’électrique n’en gagne. La différence part à l’hybride.
Attention toutefois : reculer dans le neuf ne veut pas dire disparaître de la route. Le diesel et l’essence forment encore l’immense majorité du parc. Ils se revendront encore longtemps. Mais l’apport de sang neuf, lui, se tarit. Dans quatre ans, un diesel récent sera plus rare à trouver en reprise. C’est un pari à horizon court, pas une valeur qu’on empile pour dix ans.
Côté carrosserie, le registre fédéral ne dit ni « berline » ni « SUV » : il range une Toyota Yaris parmi les « Limousine » et une VW Golf parmi les « Stationswagen ». Une forme y reste nette : le décapotable, devenu marginal à 1,4 % des voitures neuves des huit premiers mois de 2026, contre 1,7 % en 2022. C’est l’une des raisons pour lesquelles les cabriolets d’occasion comptent parmi les plus lents à revendre.
Une voiture neuve sur seize est chinoise
Un dernier chiffre résume l’année, et il était impensable il y a peu. D’après les mises en circulation en Suisse, les marques chinoises pèsent 6,14 % des voitures neuves de 2026. Une voiture neuve sur seize. Elles étaient à 0,02 % en 2022.
Une marque illustre ce saut. Sur les huit premiers mois de 2026, 3’837 voitures neuves de cette marque ont été immatriculées, davantage que plusieurs noms installés de longue date. Un de ses modèles figure parmi les plus immatriculés du pays cette année.
Ce mouvement a un double effet. Pendant que les nouveaux venus montent, plusieurs constructeurs installés reculent dans le neuf. Un grand nom du premium allemand perd environ 15,3 % de rythme, soit quelque 2’750 voitures neuves de moins par an ; une marque électrique très connue recule de 43 %. Autant d’occasions qui ne reviendront pas sur le marché dans quelques années.
Pour le revendeur, la leçon est de prudence, pas de rejet. Ces voitures chinoises arriveront en occasion vers 2029. Et personne, aujourd’hui, ne sait à quel prix elles se revendront. Le premier qui saura mesurer leur reprise aura un argument que ses concurrents n’auront pas encore.
Ce que le neuf d’aujourd’hui prépare pour le stock de demain
Reste la question du garagiste : quand tout cela arrivera-t-il ? Le calendrier est assez régulier pour qu’on s’y fie. La moitié des voitures neuves suisses roulent en leasing. Et le premier changement de détenteur culmine autour de 48 à 52 mois, soit quatre ans.
Deux repères aident à viser juste. L’année 2022 a été la plus faible du neuf depuis 2011, avec 225’642 voitures : l’occasion de quatre ans est donc rare cette année, et elle se paie. L’année 2023 a été forte, avec 252’184 voitures : la vague arrivera en 2027. Celui qui peut attendre six mois achètera mieux.
Ce calendrier vaut modèle par modèle, car deux voitures du même millésime ne reviennent pas au même moment : une compacte familiale se garde longtemps, une reprise de leasing revient à quatre ans.
Le neuf de 2026 raconte donc l’occasion de 2030, en clair. Le volume ne grossit plus ; l’hybride essence domine à 44,2 % ; le diesel s’efface à 5,5 % ; une voiture neuve sur seize est chinoise. Pour le revendeur, lire le neuf d’aujourd’hui, c’est préparer le parc de dans quatre ans.
Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.