Occasion importée : le marché inondé, modèle par modèle

4 min de lectureLa rédaction ConsultAuto

Une voiture d’occasion importée d’Allemagne entre en Suisse pendant qu’une autre attend preneur sur un parking. Prenons un VW T-Roc proposé en reprise. Depuis 2022, il en est arrivé davantage de l’étranger qu’il ne s’en est revendu dans le pays. Suivons ce T-Roc, et mesurons modèle par modèle ce que l’import d’occasion fait peser sur le prix.

Volkswagen T-Roc bleu de première génération garé dans une rue
Un Volkswagen T-Roc de première génération (2017-2025) Photo : Vauxford, CC BY-SA 4.0, modifiée (recadrée)

Pour le T-Roc, l’import d’occasion dépasse la revente suisse

Commençons par les deux chiffres qui comptent. Selon les immatriculations suisses, 3’273 VW T-Roc sont entrés en Suisse comme occasions importées, de janvier 2022 à août 2026. Sur la même période, 2’769 T-Roc ont été revendus à l’intérieur du pays. Deux flux se font donc face : les voitures qui franchissent la frontière, et celles qui changent de détenteur en Suisse.

Le rapport entre les deux donne une mesure simple : la pression de l’import d’occasion. Pour le T-Roc, elle atteint 118 %. Il arrive davantage de T-Roc de l’étranger que le marché suisse n’en revend lui-même.

Pour un garage, la conséquence se lit sur le parking. Chaque T-Roc repris entre en concurrence avec une offre importée plus abondante que les reventes du pays. L’acheteur a le choix, et il compare. L’offre étrangère pèse ainsi sur le prix suisse, et le tire vers le bas.

Une précision de méthode s’impose. Le registre compte des voitures, et le prix réellement payé reste privé en Suisse. La pression se lit donc dans les volumes. Son effet exact sur le prix relève de la lecture du revendeur, qui confronte ces volumes aux annonces du jour.

Cupra Formentor et Skoda Kodiaq suivent le T-Roc de près

Le T-Roc a de la compagnie. Le Cupra Formentor affiche une pression de 93 % : 1’813 importés pour 1’947 reventes suisses. Le Skoda Kodiaq suit à 92 %, avec 1’757 importés pour 1’909 reventes.

Le VW Tiguan, l’un des gros volumes du marché, atteint 89 %. Il en est entré 3’683 de l’étranger, pour 4’155 reventes en Suisse. Puis viennent la Skoda Fabia, à 82 %, et la VW Passat, à 78 %.

Le délai de revente complète le tableau. Selon les immatriculations suisses, le Tiguan est passé de 64 jours en 2022 à 83 jours en 2025-2026. Le Formentor et le Kodiaq sont classés lents à la revente. Le Formentor change d’ailleurs de main très jeune : à 2,0 ans en moyenne.

Ces modèles ont un point commun. Une part de leur offre suisse arrive déjà prête de l’autre côté de la frontière. Pour le revendeur, cela fait un concurrent de plus à chaque annonce, et un acheteur qui a le choix.

Revenons à notre T-Roc. Il appartient à ce groupe de modèles où l’import pèse autant que la revente locale, et même davantage.

Deux voitures chargées sur un camion porte-voitures
Des occasions en route : l’import pèse sur le prix Photo : Nadja Thöner, modifiée (recadrée et floutée)

La VW Golf, à 30 %, vit de son propre stock suisse

À l’autre bout du tableau se trouve la VW Golf. Selon les immatriculations suisses, 7’381 Golf sont entrées comme occasions importées sur la période. Mais 24’372 ont été revendues en Suisse. La pression tombe à 30 %.

Le marché de la Golf repose donc sur le parc du pays. Des Golf arrivent de l’étranger, mais bien plus changent de main entre détenteurs suisses. La Golf change de main à 14,1 ans en moyenne : c’est une voiture qu’on garde, plus qu’une voiture qu’on revend. Son délai est passé de 67 jours en 2022 à 78 en 2025-2026, au rythme du ralentissement général.

Un autre cas mérite l’attention. La Skoda Fabia affiche 82 % de pression d’import. Elle est pourtant la seule, parmi les 25 modèles de tête, à garder sa vitesse : 68 jours en 2022, 67 en 2025-2026. Une forte pression d’import va donc parfois avec une revente rapide.

La pression d’import se lit ainsi à côté du délai, pas à sa place. La pression dit la concurrence ; le délai dit le temps. Notre T-Roc, à 118 %, se situe à l’opposé exact de la Golf.

Les occasions importées viennent d’Allemagne, et elles sont jeunes

Reste la question de l’origine. En 2025, 50’264 voitures de tourisme d’occasion ont été importées en Suisse. 55 % venaient d’Allemagne. La France, l’Italie, le Danemark et l’Espagne suivent loin derrière, entre 4 et 6 % chacun.

Ces voitures sont récentes. 62,5 % des occasions importées en 2025 avaient deux ans ou moins. Elles entrent d’abord par Zurich, premier canton d’entrée avec 11’847 voitures. L’import d’occasion est surtout un marché de voitures jeunes.

L’année 2026 suit la même ligne. Sur l’année en cours, 36’153 occasions ont été importées, dont 52 % d’Allemagne et 63,5 % de deux ans ou moins. Dans le parc lui-même, trois occasions importées sur quatre sont venues d’Allemagne.

Les marques vont dans le même sens. Sur 56 mois, selon les immatriculations suisses, VW arrive en tête des imports d’occasion, avec 33’966 voitures. Audi suit avec 22’732, puis Mercedes et BMW : quatre marques allemandes en tête. Au total, 8,9 % du parc suisse est entré comme occasion importée.

Pour notre T-Roc, cela dessine un concurrent type : une occasion de deux ans au plus, souvent venue d’Allemagne. C’est elle que le T-Roc repris au garage retrouve face à lui, annonce contre annonce.

Avant de reprendre un modèle très importé, comparer deux volumes

Que faire de ces chiffres au moment de la reprise ? D’abord, un réflexe simple : comparer, pour le modèle proposé, l’import d’occasion aux reventes suisses. Selon les immatriculations suisses, ces deux volumes se mesurent pour chaque modèle. Au-dessus de 100 %, comme le T-Roc, l’offre étrangère dépasse le marché local. Autour de 30 %, comme la Golf, le stock suisse fait le marché.

Deuxième réflexe : regarder le prix au-delà de la frontière. Quand un modèle arrive surtout jeune et d’Allemagne, le prix de référence se lit aussi de ce côté-là. L’acheteur suisse le sait, et il compare.

Troisième réflexe : garder la mesure. L’écart de délai entre une importée et une voiture suisse reste impossible à mesurer dans le registre. Une forte pression d’import invite à reprendre avec prudence, sans condamner le modèle. La Fabia le rappelle.

Revenons une dernière fois à ce T-Roc proposé en reprise. Pour 2’769 T-Roc revendus en Suisse depuis 2022, 3’273 sont arrivés d’occasion de l’étranger, dans un import dominé par l’Allemagne et par les voitures de deux ans au plus. La Golf, à 30 %, vit de son stock suisse ; le T-Roc, à 118 %, partage le sien avec l’import. Son prix de reprise se fixe en regardant des deux côtés de la frontière.

Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.