Les voitures chères dorment, les bon marché partent
4 min de lectureLa rédaction ConsultAuto
Quelle voiture d’occasion sera difficile à revendre : celle à moins de 3’000 francs, ou celle à 40’000 ? L’intuition du métier désigne la première. Les annonces en ligne désignent la seconde : au-delà de 35’000 CHF, 33,3 % des voitures attendent depuis plus de six mois. Suivons ces deux voitures, deux prix, sur le même parking.

Sur 123’912 annonces, 27,3 % attendent plus de six mois
Partons du marché entier. Selon les annonces en ligne en Suisse, 123’912 occasions étaient en vente le jour du comptage. Chacune a été comptée, sans échantillon. Parmi elles, 33’807 étaient en ligne depuis plus de six mois : 27,3 % du marché.
L’intuition du métier tenait en une phrase. Ce qui coûte moins de 3’000 francs part à l’export ; ce qui reste longtemps en ligne, c’est ce que l’export refuse. Elle désignait donc les petites voitures comme celles qui dorment.
La mesure dit l’inverse, et pour la raison même que donnait l’intuition, retournée. Revenons à nos deux voitures : celle à moins de 3’000 francs et celle à 40’000. Sur le papier, la seconde rassure davantage. Les annonces racontent une autre histoire.
Une précision sur la mesure elle-même s’impose d’emblée. L’ancienneté d’une annonce mesure le temps passé en ligne, et un vendeur peut republier sa voiture. Le chiffre décrit donc l’annonce, plus que la voiture au stock. Et l’annonce la plus ancienne de chaque bande porte la même date : un plancher de la plateforme, plutôt qu’un fait de marché.
Ces réserves posées, le résultat tient sur l’ensemble du marché. Il se lit bande de prix par bande de prix.
La part qui dort grimpe avec le prix, bande après bande
Le détail par tranche de prix est net. Selon les annonces en ligne en Suisse, 21,4 % des voitures entre 1’500 et 3’000 CHF dorment depuis plus de six mois. Entre 5’000 et 8’000 CHF, la part monte à 22,2 %. Entre 12’000 et 20’000 CHF, elle atteint 25,2 %.
Puis la pente s’accentue. Entre 20’000 et 35’000 CHF, 26,8 % des annonces dorment. Au-delà de 35’000 CHF, la part grimpe à 33,3 % : 12’063 voitures sur 36’219.
Une voiture d’occasion chère sur trois attend donc plus de six mois. En bas du marché, c’est un peu plus d’une sur cinq. La voiture d’occasion difficile à revendre se trouve plus souvent en haut de l’échelle des prix qu’en bas.
Notre voiture à 40’000 francs tombe dans la bande la plus exposée. Celle à moins de 3’000 francs, dans l’une des moins exposées.
Une proportion reste à garder en tête. Les voitures sous 3’000 CHF pèsent peu dans l’ensemble : 5,8 % des annonces, soit 7’198 voitures. Le haut du marché, lui, compte 36’219 annonces au-delà de 35’000 CHF. C’est là que se concentre le capital engagé.
L’export, la sortie de secours qui vide le bas du marché
Pourquoi les petites voitures partent-elles ? Selon les annonces en ligne en Suisse, même sous 1’500 CHF, la part qui dort reste à 21,7 %. Ces voitures trouvent toujours un acheteur, et l’export en est un. À bas prix, l’exportateur raisonne au chargement, plus à la voiture : il remplit un camion.
Cette sortie se chiffre. Pour la mesurer, la rédaction retient une hypothèse prudente : retirer 45 % au prix du marché. Quand le prix export ainsi calculé tombe sous 3’000 CHF, on ne compte qu’un forfait de 500 CHF au plus.
Ces 45 % sont une hypothèse de travail, pas une cotation : un exportateur qui cherche précisément un modèle paiera davantage. Mais l’hypothèse dit l’essentiel : en bas du marché, une porte de sortie reste toujours ouverte. Elle explique pourquoi le bas du marché reste fluide.
Notre voiture à 40’000 francs dispose d’une sortie bien plus étroite. À l’export, ses 45 % de décote portent sur une grosse somme. Elle attend donc un acheteur suisse plus rare, pendant que le capital dort. Chaque mois d’attente pèse alors sur une somme élevée.
À âge égal, les voitures puissantes et lourdes partent moins vite
Les annonces parlent de prix. Le registre des immatriculations, lui, ignore le prix. Il connaît en revanche la puissance, la cylindrée et le poids. Et à âge égal, de 4 à 10 ans, il dessine une pente comparable.
Selon les immatriculations suisses, une voiture de moins de 70 kW retrouve un détenteur en 74 jours en médiane. Au-delà de 200 kW, il lui en faut 91. Les cylindrées de 2,5 litres et plus demandent 90 jours, contre 74 sous 1,4 litre. Au-delà de 1’800 kg, le délai monte à 84 jours.
Dans un même modèle, le prix affiché décide aussi. Sur 3’772 annonces de 43 modèles, une voiture affichée plus de 10 % au-dessus du prix du marché reste 49 jours en ligne, en médiane. Affichée plus de 10 % en dessous, elle y reste 29,5 jours. Et 34,7 % des voitures trop chères dépassent 100 jours en ligne, contre 20,5 % des voitures affichées plus de 10 % en dessous.
Pour notre voiture à 40’000 francs, le prix compte donc deux fois. Sa bande de prix dort davantage. Et un prix affiché au-dessus du marché la retient encore plus longtemps en ligne.
Le risque de capital se trouve en haut du marché
Pour le stock, la leçon tient en une phrase : le risque de capital est en haut du marché. Selon les annonces en ligne en Suisse, une voiture sur trois y attend plus de six mois. Une erreur à 8’000 francs se rattrape. Une erreur à 45’000 francs immobilise une grosse part de la trésorerie pendant des mois.
Concrètement, une voiture chère se reprend avec plus de méthode. Son délai de revente propre, à son âge, pèse davantage dans l’offre. Son prix de vente se fixe au plus près du marché, sans surplus, puisque chaque écart se paie en jours. Et sa sortie de secours se chiffre avant d’acheter, pour savoir ce que la voiture vaut dans le cas le plus défavorable.
Une réserve honnête s’impose. Ce résultat compare des bandes de prix, sans tenir compte de l’âge des voitures. Il mérite d’être confronté à l’expérience des revendeurs avant de devenir une règle.
Deux voitures, deux prix, un même parking. Celle à moins de 3’000 francs trouve preneur, au besoin à l’export. Celle à 40’000 francs rejoint plus souvent les 33,3 % d’annonces qui dorment plus de six mois. La voiture d’occasion difficile à revendre se cache en haut du marché, là où dort le capital.
Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.