L’électrique premium de leasing : la vague qui se revend mal

5 min de lectureLa rédaction ConsultAuto

La revente d’une électrique en retour de leasing demande de la patience. Selon les immatriculations suisses, les modèles premium les plus marqués par le leasing attendent jusqu’à 130 jours avant de changer de main, contre 81 pour le marché. Suivons la vague des retours, de son origine à son calendrier. Elle a une date, et elle se prépare.

Mercedes-Benz EQC 400 garé dans une rue, vue de trois quarts avant
Le Mercedes-Benz EQC, électrique premium le plus marqué par le leasing Photo : Matti Blume, CC BY-SA 4.0, modifiée (recadrée et floutée)

Le leasing ramène les voitures vers leur quatrième année

Tout part d’une signature dans le registre. L’âge auquel une voiture change de détenteur dessine un creux entre 2 et 3 ans, puis un ressaut entre 4 et 5 ans. Ce ressaut correspond aux fins de contrats de 48 mois. Entre 2 et 3 ans, on compte 4,3 % des changements de détenteur ; entre 4 et 5 ans, 6,8 %.

Le pic du premier changement de détenteur tombe entre 48 et 52 mois. Il dépasse de 70 % le niveau de base, selon les immatriculations suisses, sur 766’599 changements mesurés.

Le phénomène pèse lourd. En 2025, 116’183 contrats de leasing ont été conclus pour 233’737 voitures neuves. La moitié du marché du neuf passe donc par un contrat, et une grande part revient en occasion à l’échéance.

La vague des retours obéit ainsi à un calendrier. Chaque millésime du neuf revient en occasion environ quatre ans plus tard, par blocs entiers. Pour un négociant, c’est une information rare : l’offre de demain se lit dans les immatriculations d’hier.

Reste à savoir quelles voitures porte la vague, et à quelle vitesse elles repartent. C’est là que l’électrique premium se distingue des autres.

En retour de leasing, l’électrique premium revient plus que les autres

Certains modèles portent la signature du leasing plus fort que d’autres. La part de leurs changements de détenteur entre 3 et 5 ans le montre clairement.

En tête figure la Mercedes EQC : 59 % de ses changements de détenteur ont lieu entre 3 et 5 ans. La Mercedes EQA suit avec 57 %. L’Audi Q4 e-tron et la VW ID.3 atteignent 54 %. La VW ID.3 pèse le plus lourd en volume, avec 11’689 voitures au parc, contre 1’588 pour l’EQC.

Ce sont des électriques, et pour la plupart des modèles haut de gamme. L’électrique premium est d’abord une affaire de leasing : elle revient en bloc, à l’échéance des contrats.

La vague se lit aussi dans l’âge de revente. Depuis 2022, une électrique change de détenteur à 2,9 ans en moyenne, contre 9,1 ans pour un diesel. L’Audi Q4 change de main à 2,5 ans en moyenne. Ces voitures arrivent jeunes, nombreuses, et au même moment.

Pour un négociant, cette concentration a un effet direct. Il en arrive beaucoup, du même modèle et du même âge, en quelques mois. Chaque exemplaire se retrouve alors face à ses jumeaux sur le marché. La vague revient, et elle se fait concurrence à elle-même.

Audi Q4 e-tron 50 quattro garée, vue de trois quarts avant
L’Audi Q4 e-tron, autre électrique premium souvent en leasing Photo : © M 93 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 de, modifiée (recadrée et floutée)

À part de leasing égale, l’électrique attend plus longtemps

La comparaison avec les thermiques est parlante. Plusieurs modèles thermiques portent la même signature de leasing. La Mercedes GLB et la Skoda Octavia 2.0 TSI font 53 % de leurs changements de détenteur entre 3 et 5 ans, la VW T-Cross 50 %.

Ces thermiques repartent vite. Selon les immatriculations suisses, parmi les modèles les plus marqués par le leasing, elles se revendent en 73 à 77 jours en médiane. Toutes voitures confondues, le marché suisse se situe à 81 jours depuis 2022.

Parmi ces mêmes modèles, la Mercedes EQC demande 130 jours en médiane. Même marque que la GLB, un rythme de retour voisin, et un délai très différent. Sur toutes leurs reventes mesurées depuis 2022, l’Audi Q4 e-tron demande 102 jours, et la grande Audi e-tron 129, soit 48 de plus que le marché.

Revenons à la vague. Le retour de leasing, à lui seul, pèse peu sur le délai : les thermiques de leasing trouvent preneur rapidement. L’attente arrive avec l’électrique premium. C’est cette combinaison qui immobilise le capital du revendeur.

Le chiffre se lit aussi par âge. Selon les immatriculations suisses, sur les douze derniers mois, une électrique de 0 à 3 ans se revend en 91 jours en médiane, une essence du même âge en 82. L’écart tient dès les premières années, justement celles des retours de leasing.

Quand le volume et le délai montent ensemble

Le signal le plus clair de la vague, c’est un modèle qui revient en nombre et part de plus en plus lentement. Les deux courbes montent alors ensemble.

La Skoda Enyaq en donne l’exemple. Son délai de revente est passé de 51 jours en 2022 à 95 jours en 2025-2026. Dans le même temps, son volume de reventes progressait de 350 %.

La Tesla Model X suit le même dessin, dans le haut de gamme. Son délai passe de 59 à 105 jours, avec un volume en hausse de 30 %. L’Audi e-tron suit la même pente : 104 jours en 2022, 128 en 2025-2026.

Le mouvement touche toute l’électrique. Tous âges confondus, le délai de revente des électriques est passé de 62 jours en 2022 à 96 jours en 2026, selon les immatriculations suisses. Ce sont les voitures récentes à batterie qui ont le plus ralenti.

Pour un acheteur de stock, ce double signal vaut alerte. Une vague qui grossit et ralentit en même temps immobilise le capital plus longtemps. Chaque vendeur y cherche le même acheteur, au même moment. Pour la revente d’une électrique en retour de leasing, la tendance compte donc autant que le niveau. Un modèle qui ralentit d’année en année s’achète en conséquence.

2026 et 2027 : la vague a une date

La vague se prévoit, et c’est sa qualité. Pour l’ensemble du neuf, 2022 a été la plus faible année depuis 2011, avec 225’642 voitures neuves ; 2023 a été forte, avec 252’184. Côté électrique, 39’345 voitures ont été mises en circulation en Suisse en 2022. En 2023, elles étaient 50’680. Avec un pic de retour à 48 mois, celles de 2022 atteignent l’échéance en 2026, celles de 2023 en 2027.

Le millésime 2023 compte nettement plus d’électriques que 2022. La vague de l’an prochain s’annonce donc plus haute que celle de cette année. Celui qui achète aujourd’hui une électrique de quatre ans la revendra au moment où ses jumelles arriveront en nombre.

Pour un négociant, la lecture est concrète. Une électrique premium de retour de leasing s’achète au prix de son délai : 130 jours pour certaines, contre 81 pour le marché. Le prix de reprise intègre ces semaines de stock. Et quand plusieurs exemplaires du même modèle arrivent ensemble, mieux vaut choisir les mieux tenus.

La vague des électriques premium de leasing a donc trois traits. Elle revient vers 4 ans, en bloc, au rythme des contrats. Elle repart lentement : jusqu’à 130 jours, quand une thermique de leasing part en 73 à 77 jours. Et elle grossit, avec le millésime 2023 qui atteint l’échéance en 2027.

Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.