Une voiture qui dort coûte cher : lire le risque à l’achat

5 min de lectureLa rédaction ConsultAuto

Chaque garage connaît la voiture d’occasion qui ne se vend pas. Elle finit au fond du parc, et le capital dort avec elle. Selon les annonces en ligne en Suisse, 27,3 % des occasions en vente y sont affichées depuis plus de six mois. Ce risque se lit pourtant avant d’acheter. Suivons la voiture du fond du parc.

Photo en noir et blanc d’un grand SUV garé au bout d’un parking, contre un talus
La voiture du fond du parc Photo : Haberdoedas, modifiée (recadrée et floutée)

Près d’un quart des reventes attend plus de six mois

Partons du registre. Selon les immatriculations suisses, une voiture retrouve un détenteur en 84 jours en médiane, sur les douze derniers mois. C’est le cas courant. La voiture du fond du parc, elle, vit dans la queue de la courbe.

Cette queue est épaisse. Depuis 2022, un quart des voitures revendues met plus de 174 jours. Une sur dix dépasse 355 jours. Au total, 24 % des reventes interviennent après plus de six mois hors circulation.

Le mouvement de fond pèse dans le même sens. Le délai médian est passé de 72 jours en 2022 à 85 en 2026. Et 386 modèles sur 452 se revendent aujourd’hui plus lentement qu’en 2022. Le temps de parking s’allonge pour presque tout le marché.

Une limite reste à garder en tête. Ce délai compte le temps passé hors circulation, entre deux détenteurs. Il inclut la préparation, l’expertise et le financement de l’acheteur. Il donne une bonne mesure du temps sur le parking, sans l’égaler exactement.

Pour la voiture du fond du parc, ces chiffres posent la première question : à quelle vitesse son modèle part-il d’habitude ?

Plus la voiture est chère, plus elle risque de dormir

Le prix change le risque, et dans un sens qui surprend. Selon les annonces en ligne en Suisse, 21,4 % des voitures entre 1’500 et 3’000 CHF sont en ligne depuis plus de six mois. Au-delà de 35’000 CHF, la part atteint 33,3 %.

La raison tient à l’acheteur. Une voiture bon marché trouve toujours preneur, au besoin à l’export. Une voiture chère attend un acheteur plus rare, pendant que le capital dort.

Pour la voiture du fond du parc, l’enjeu se mesure donc aussi en francs. Une voiture d’occasion qui ne se vend pas, à 40’000 CHF, immobilise bien plus qu’une petite voiture oubliée au même endroit. Le risque de capital se trouve en haut du marché.

Le prix affiché pèse aussi, à l’intérieur d’un même modèle. Une annonce affichée plus de 10 % au-dessus du prix du marché compte 49 jours en ligne, en médiane. Affichée plus de 10 % en dessous, elle en compte 29,5. Une voiture reprise trop cher a de bonnes chances de finir au fond du parc.

Une nuance honnête s’impose. Les parts par bande de prix ne tiennent pas compte de l’âge. Et une annonce ancienne peut avoir été republiée.

Gros plan sur un disque de frein marqué de rouille et son étrier
Des freins qui rouillent : le signe d’une voiture immobile Photo : Eduardo Taulois, modifiée (recadrée et floutée)

La médiane rassure, la queue avertit

L’âge ajoute un piège plus discret. Selon les immatriculations suisses, les voitures de 10 à 15 ans forment la tranche la plus rapide à revendre : 73 jours en médiane. Pourtant, une sur dix attend plus de 343 jours.

Au-delà de 15 ans, la queue s’allonge encore. Une voiture sur dix y attend plus de 535 jours, contre 267 pour une voiture de moins de 2 ans. La moitié part vite ; celles qui restent restent très longtemps.

La médiane dit donc le cas courant, la queue dit le risque. Les deux se lisent ensemble. Une voiture ancienne bien choisie part vite. La même, mal choisie, devient la voiture du fond du parc pour plus d’un an.

Le métier connaît bien les signes du parc immobile : des étriers qui rouillent, des visites qui s’espacent, un prix qu’on finit par baisser. Les annonces en ligne le confirment. Une voiture affichée depuis 61 à 100 jours affiche déjà une baisse de prix dans 7,7 % des cas. Pour une annonce de moins de 15 jours, c’est 0,3 %.

La voiture du fond du parc a souvent ce profil : une médiane honorable, et une queue très longue.

Certains profils dorment davantage, et ils se repèrent

Certains profils demandent davantage de patience. Selon les immatriculations suisses, un cabriolet de 4 à 10 ans met 103 jours à changer de main, contre 77 à 80 pour une voiture fermée du même âge. Depuis 2022, 39,6 % des décapotables revendues sont restées plus de six mois hors circulation, contre 23,6 % des voitures fermées.

La saison accentue l’écart. Décembre pèse nettement moins dans les reventes du cabriolet que dans celles des autres voitures ; d’avril à juin, chaque mois pèse davantage. Reprendre un cabriolet en octobre, c’est souvent porter l’hiver entier.

Des modèles modernes demandent aussi de la patience. Le Nissan X-Trail met 180 jours en médiane, avec 40 % de ses reventes au-delà de six mois, à 9 ans d’âge médian. Et la vague des retours de leasing électriques premium se revend lentement. Parmi les modèles les plus marqués par le leasing, la Mercedes EQC demande 130 jours. Sur toutes ses reventes mesurées depuis 2022, l’Audi Q4 e-tron en demande 102.

Les gros moteurs, enfin, ajoutent du temps. Entre 4 et 10 ans, une voiture de plus de 200 kW met 91 jours à changer de main, contre 74 sous 70 kW. Les cylindrées de 2,5 litres et plus demandent 90 jours.

Tous ces profils se repèrent avant la reprise. La voiture du fond du parc en porte souvent un.

Lire le risque avant d’acheter, en cinq questions

Que faire de tout cela au moment de la reprise ? Cinq questions suffisent. Quel est le délai du modèle, à son âge, face aux 84 jours du marché sur douze mois ? Quelle part de ses reventes attend plus de six mois ? Son délai monte-t-il depuis 2022 ? Dans quelle bande de prix se situe la voiture ? Et que vaut sa sortie de secours à l’export ?

Le coût de l’attente se calcule ensuite avec ses propres chiffres. Le prix d’achat, multiplié par son taux de financement et par le nombre de jours d’attente, puis divisé par 365, donne le coût du capital. S’y ajoutent le parking, l’assurance et la préparation. Ce montant, comparé à la marge prévue, dit si la reprise tient. Selon les immatriculations suisses, la queue de la courbe donne le nombre de jours à prévoir dans le cas défavorable.

La voiture du fond du parc se repère avant qu’elle y arrive. Près d’un quart des reventes attend plus de six mois, et en ligne, un tiers des annonces au-delà de 35’000 CHF dort autant. Cabriolets hors saison, anciennes à la queue longue et électriques de leasing demandent davantage de patience. Une voiture d’occasion qui ne se vend pas coûte cher ; celle dont le risque a été lu coûte ce qui était prévu.

Détail des sources : page Sources.