Le marché de l’occasion, décrypté pour les revendeurs

4 min de lectureLa rédaction ConsultAuto

Une voiture arrive sur le parking d’un revendeur. Combien de temps va-t-elle y rester, et combien va-t-elle immobiliser d’argent ? Tout le marché occasion en Suisse tient dans cette question. Suivons ce parking, du jour où la voiture s’y gare au jour où elle repart, et voyons ce que les chiffres en disent.

Rangée de SUV garés sur le parking d’un concessionnaire, en fin de journée
Le parking d’un revendeur : combien de temps chaque voiture y restera-t-elle ? Photo : Erik Mclean, modifiée (recadrée et floutée)

Chaque année, des centaines de milliers de voitures changent de main

D’abord, l’échelle. Selon les immatriculations suisses, 737’687 voitures changent de détenteur chaque année. Parmi elles, environ 435’000 repartent de la route puis y reviennent avec un nouveau propriétaire : ce sont les vraies reventes, celles qui passent par un parking.

Toutes ne passent pas par là. Chaque année, 295’313 voitures changent de main de plaque à plaque, sans jamais quitter la route. Le délai de revente ne les voit pas : elles ne séjournent sur aucun parc.

Le parc, lui, se renouvelle lentement. Chaque année, 4,80 % des voitures quittent définitivement la circulation. Le reste roule, vieillit, et finit par changer de main.

Ce marché est donc immense et régulier. Il ne dépend pas d’une mode : il repose sur un parc de 4,96 millions de voitures qui tournent sans cesse. Pour un revendeur, c’est rassurant. La matière première ne manque pas. Reste à savoir laquelle gare sur son parking, et pour combien de temps.

Quatre-vingt-cinq jours pour changer de main

Voici le chiffre qui parle à quelqu’un qui paie un loyer de parking : le délai médian de revente. D’après les immatriculations suisses, une voiture met 85 jours pour retrouver un détenteur en 2026. La moitié part plus vite, la moitié plus lentement.

Ce délai, c’est le temps que la voiture passe hors circulation avant de repartir. Il comprend la préparation, l’expertise, le financement de l’acheteur. Ce n’est donc pas exactement le temps sur le parking, mais il en donne une bonne mesure, et c’est l’indicateur le plus fiable dont on dispose.

La dispersion compte autant que la médiane. Un quart des voitures repartent en 39 jours ou moins. Mais un quart met plus de 174 jours, et une sur dix dépasse 355 jours. Plus de la moitié, 53,8 %, changent de main en 90 jours ou moins ; près d’un quart attendent plus de six mois.

Sur le parking, cela dessine deux mondes. Les voitures qui partent vite, et celles qui s’installent. Un chiffre à manier avec prudence, en revanche : le rapport entre le nombre d’annonces et les reventes. Il fait passer pour sains des modèles qui dorment, parce qu’il mélange le privé et les transferts de plaque à plaque. Le délai, lui, reste solide.

Les voitures chères dorment, les bon marché partent

Voici le résultat qui surprend le plus. On croit souvent que ce sont les petites voitures bon marché qui traînent. Les annonces en ligne disent l’inverse.

Parmi les voitures affichées depuis plus de six mois, la part grimpe avec le prix. Selon les annonces en ligne en Suisse, 21,4 % des voitures sous 3’000 francs dorment ainsi, contre 33,3 % au-dessus de 35’000 francs. En moyenne, 27,3 % des annonces attendent plus de six mois.

La raison est simple. Une voiture bon marché trouve toujours un acheteur, et l’export en est un. Une voiture à 40’000 francs attend un acheteur rare, pendant que le capital dort.

Pour le parking, la leçon est claire. Le risque n’est pas en bas du marché, il est en haut. Une erreur à 8’000 francs se rattrape ; une erreur à 45’000 francs immobilise un tiers de la trésorerie pendant un an. Celui qui remplit son parc de voitures chères sans les avoir jugées prend le risque le plus coûteux du métier.

L’âge change tout, et pas comme on le pense

Revenons à notre voiture sur le parking, et demandons son âge. Car l’âge décide de sa vitesse, et il le fait de façon contre-intuitive.

Une voiture de moins de deux ans met 85 jours à changer de main, en médiane. Une voiture de 10 à 15 ans n’en met que 73 : c’est la tranche la plus rapide du parc, selon les immatriculations suisses. Les vieilles partent plus vite que les récentes, en médiane.

Mais la queue s’allonge avec l’âge. Au-delà de 15 ans, une voiture sur dix attend plus de 535 jours. Pour une voiture de moins de deux ans, ce seuil tombe à 267 jours. La médiane dit le cas courant ; la queue dit le risque.

La rotation suit d’ailleurs une courbe en U. Une voiture change beaucoup de main sa première année, se fait rare au creux vers 8 ans, où 11,7 % seulement du parc de cet âge change de détenteur, puis repart de main en main après 15 ans.

On peut même mesurer un rythme par modèle. Certaines voitures changent de main près de dix fois en dix-huit ans ; d’autres restent chez le même détenteur pendant des années. Le registre étant anonyme, c’est un taux de modèle, jamais l’histoire d’une voiture précise. Et un dernier mouvement traverse tout le marché : il ralentit. 386 modèles sur 452 mettent plus longtemps à se revendre qu’en 2022.

Lire son parking avant d’acheter

Reste la vraie question du métier : que faire de tout cela ? La réponse tient en un geste : juger une reprise avant qu’elle ne se gare, pas après.

Trois repères suffisent. Le délai propre du modèle, comparé aux 85 jours de référence. Le prix, en gardant en tête que le capital dort surtout en haut du marché. Et l’âge, en se méfiant des voitures anciennes dont la queue d’attente est longue.

Un quatrième réflexe aide : regarder d’où vient la voiture. Près de 8,9 % du parc suisse est entré comme occasion importée, et le volume des reventes varie fortement d’un canton à l’autre, de 139’870 à Zurich à 93’454 dans le canton de Vaud. Le marché n’est pas le même partout.

Un parking de revendeur, ce n’est pas un stock de voitures : c’est de l’argent immobilisé qui attend de repartir. Le marché suisse en déplace 737’687 par an, en 85 jours de médiane, avec un risque qui grimpe avec le prix et une queue qui s’allonge avec l’âge. Celui qui lit ces chiffres avant d’acheter choisit quelles voitures dorment sur le sien, et lesquelles tournent.

Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.