Occasion 2022 → 2026 : les délais de revente s’allongent
4 min de lectureLa rédaction ConsultAuto
En quatre ans, chaque voiture d’occasion met plus longtemps à trouver preneur. Le chiffre tient en deux mots : treize jours. C’est ce que le marché suisse a ajouté au délai de revente entre 2022 et 2026. Suivons ces treize jours, modèle par modèle. Ils ne se voient pas à l’œil nu, mais ils se paient sur chaque parking.

Treize jours de plus pour changer de main
Partons du chiffre d’ensemble. Selon les immatriculations suisses, le délai médian de revente était de 72 jours en 2022. En 2026, il atteint 85 jours. Treize jours de plus, soit une hausse de 18 %.
Ce délai, c’est le temps qu’une voiture passe hors circulation avant de repartir avec un nouveau détenteur. Treize jours de plus, ce sont treize jours de parking et de capital immobilisé en plus, sur chaque voiture.
Le mouvement ne vient pas seul. Sur la même période, les désimmatriculations ont augmenté de 6,2 % et les changements de détenteur de 5,2 %. L’âge moyen d’une voiture au moment où elle change de main est passé de 10,1 à 10,6 ans. Le parc tourne un peu plus, mais plus vieux et plus lentement.
Le constat n’a rien d’une impression de métier. Il est mesuré sur plusieurs millions de transactions, année après année. Un garagiste sentait son capital tourner moins vite qu’avant ; il peut désormais le chiffrer, et le prouver à son banquier.
Treize jours sur une voiture, ce n’est rien. Treize jours sur tout un parc, année après année, c’est une trésorerie qui tourne moins vite. Reste à savoir si tout le marché est touché.
Presque tous les modèles ont ralenti
La réponse est nette : oui, ou presque. En comparant chaque modèle à lui-même, 386 modèles sur 452 ont ralenti entre 2022 et 2026, selon les immatriculations suisses. Le ralentissement moyen est de 12,7 jours.
C’est donc un mouvement de fond, pas l’affaire de quelques modèles. Les gros volumes que l’on croise tous les jours n’y échappent pas : la VW Golf est passée de 67 à 78 jours, le VW Tiguan de 64 à 83, le Ford Kuga de 62 à 85.
Le ralentissement moyen cache pourtant de grands écarts. Certains modèles ont pris plus de cinquante jours en quatre ans, d’autres n’ont presque pas bougé. C’est pourquoi la moyenne ne suffit pas à décider : chaque modèle a sa propre trajectoire depuis 2022, et c’est elle qu’il faut lire avant d’acheter.
Les voitures à batterie ont le plus ralenti. L’hybride essence est passée de 68 à 94 jours, l’électrique de 62 à 96. Ce sont les voitures les plus récentes qui ont le plus perdu en vitesse.
Une seule exception mérite d’être retenue, parce qu’elle a une valeur directe. Parmi les 25 modèles les plus vendus, la Skoda Fabia est le seul à ne pas avoir ralenti : 68 jours en 2022, 67 aujourd’hui. Une information qui vaut de l’or pour qui choisit son stock.
Le piège : le délai monte et le volume monte ensemble
Tous les ralentissements ne se valent pas. Le plus dangereux combine deux signaux : un délai qui s’allonge et un nombre de reventes qui grossit en même temps.
L’exemple type est la Skoda Enyaq. Son délai est passé de 51 à 95 jours, pendant que son volume de reventes augmentait de 350 %. Il en arrive quatre fois plus, et elles partent deux fois moins vite. C’est le pire cas mesuré.
D’autres suivent le même chemin. L’Opel Grandland est passée de 84 à 183 jours, avec un volume en hausse de 71 %. L’Audi Q3, de 64 à 88 jours, avec 29 % de reventes en plus. La Honda HR-V, de 59 à 122 jours. La Tesla Model X, de 59 à 105 jours.
Ce croisement a un nom dans le métier : la vague de retours de leasing. Tout le monde revend le même modèle au même moment, souvent quatre ans après une grosse cuvée de neuf. Pour le revendeur, c’est le signal d’achat à éviter, ou à négocier très bas.
À l’inverse, la raréfaction fait les bonnes affaires
Heureusement, le tableau a un bon côté. Quand un modèle se fait rare tout en restant désiré, il accélère. C’est l’inverse du piège.
Le Renault Talisman est passé de 87 à 67 jours, avec un volume en baisse de 37 %. La Toyota Verso, de 87 à 69 jours, avec 36 % de reventes en moins. La BMW M240i, de 91 à 64 jours.
Dans ces cas, il y en a moins sur le marché, et celles qui s’y trouvent partent plus vite. Ce sont de bonnes reprises, à condition de les repérer avant les autres.
Ces bonnes affaires ont un point commun : il s’en vend moins qu’avant, mais la demande tient. C’est le signe d’un modèle qu’on garde et qu’on cherche, pas d’un modèle qu’on fuit. Le calendrier des retours de leasing, connu à l’avance, aide souvent à voir venir ces vagues avant qu’elles ne saturent le marché.
La leçon générale tient en une comparaison. Un modèle dont le délai baisse quand son volume baisse est une affaire ; un modèle dont le délai monte quand son volume monte est un piège. Les treize jours de moyenne cachent ces deux histoires opposées, et le calendrier des retours de leasing permet souvent de les prévoir.
Ce que treize jours changent au capital
Reste à traduire tout cela en décision. Un délai, ce n’est pas une statistique : c’est un loyer de parking et un capital qui dort.
Le réflexe à prendre est simple. Avant d’acheter, comparer le délai du modèle à la référence de 85 jours, et regarder sa tendance depuis 2022. Un modèle à 80 jours qui accélère vaut mieux qu’un modèle à 70 jours qui ralentit. Et il faut regarder la queue autant que la médiane : une voiture peut partir vite en général, mais traîner très longtemps dans le pire des cas.
De 2022 à 2026, le marché suisse a ajouté treize jours au délai médian, de 72 à 85. 386 modèles sur 452 ont ralenti, les voitures à batterie en tête, la Skoda Fabia mise à part. Entre le piège du modèle qui afflue et se traîne, et la bonne affaire du modèle qui se raréfie et accélère, ces treize jours se jouent voiture par voiture. Pour le revendeur, les connaître, c’est choisir lesquels il porte sur son parking.
Données : immatriculations et registre suisses, janvier 2022 – août 2026. Détail des sources : page Sources.